Publié le samedi 17 décembre 2011 à 18h46
Mis à jour le samedi 17 décembre 2011 à 22h42
Auteur : G.C.
samedi 17 décembre 2011 à 22h42

Hugo Cabret est sans doute le film le plus personnel du réalisateur Martin Scorsese par lequel, il vient remercier Georges Méliès. Ce Français, fondateur du premier studio de cinéma, premier réalisateur, est également le père des effets spéciaux. C’est notamment à ce grand génie que l’on doit les fameux fondus enchaînés. Dès 1946, le Prix Méliès vient récompenser les meilleurs films français. Georges Méliès repose aujourd’hui au Père-Lachaise.
Brian Selznic publia en 2007 L’invention de Hugo Cabret pour lequel il obtint la médaille Caldecott, une récompense renommée aux Etats-Unis. De ce livre pour enfants, Martin Scorsese en fit une adaptation en 3D avec Hugo Cabret.
A ce jour, deux nouvelles éditions dudit livre ont été éditées : l’un est le roman graphique avec en couverture Asa Butterfield aux éditions Bayard Jeunesse et sorti le 4 novembre 2011 ; l’autre porte sur les secrets de tournage de Hugo Cabret, toujours aux éditions Bayard Jeunesse et sorti le 8 décembre 2011 (voir ce lien)
Cette histoire illustre un orphelin âgé de douze ans, Hugo Cabret, vivant dans la gare Montparnasse à Paris en 1931. Son but : réparer l’automate que son père avait récupéré dans un musée dans l’espoir d’y trouver un message que ce dernier lui aurait laissé. Une pièce fondamentale lui manque pour se faire, une clef en forme de cœur. Il s’avère que la nièce du mystérieux marchand de jouets, Isabelle, porte autour de son cou cette fameuse clef. S’ensuit une aventure avec Hugo et Isabelle qui vont tenter de percer ce que cache le mystérieux marchand de jouets vis-à-vis de son passé.
Avec ce conte de Noël destiné tant aux enfants qu’aux adultes, mais également et évidemment aux cinéphiles, Martin Scorsese signe son premier long métrage pour enfants. Souffrant, il faut l’avouer, de quelques petites longueurs, le film réussit à transporter le public dans un conte merveilleux et dans l’attente du dénouement final. Asa Butterfield (Hugo Cabret), dont la prestation dans Le Garçon au Pyjama Rayé fut indéniablement excellente, donne un sens sans équivoque à son personnage, témoignant d’un talent sans commune mesure dans son jeu justement interprété. A ses côtés, Chloë Grace Moretz n’a pas à rougir d’avoir trompé le grand Martin Scorsese lors de ses auditions avec un accent britannique. En effet, son talent déjà maintes fois mis en scène est au rendez-vous et c’est avec une grande qualité qu’elle réussit à donner vie à son personnage qui souffre malheureusement d’une absence d’histoire. Donne la réplique à ces deux jeunes, mais grands acteurs, Sir Ben Kingsley dans la peau du marchand de jouets. A pareil acteur on n’en attendait pas moins avec une performance toujours aussi impeccable de l’acteur britannique. Le duo Asa Butterfield – Ben Kingsley illustre un jeu magistral, auquel vient s’ajouter Chloë Moretz, pour notre plus grand bonheur. Une mention spéciale ne peut qu'être accordée à Sacha Baron Cohen dans la peau de l'inspecteur de gare.
Enfin, Martin Scorsese offre au public une véritable 3D, pour laquelle on ne peut que constater l’intérêt du réalisateur à cette technique dans son œuvre. Il nous offre non seulement un effet merveilleux dans un décor admirable, mais aussi, et surtout, un Paris des années 1930, somptueusement reconstitué, et dont la 3D est aussi magique que magnifique. Le final du film, véritable ode à Georges Méliès excelle d’autant plus que la bande originale, composée par Howard Shore,
qui tout au long de l’œuvre nous envoûte dans l’atmosphère parisienne d’alors, nous pénètre jusqu’à comprendre le cadeau laissé par Georges Méliès et qui, hier comme aujourd’hui et comme demain, nous fait rêver : le cinéma.
Ayant fondé The Film Foundation en 1990, dont le but est la préservation et la protection des œuvres de l’histoire du cinéma, Martin Scorsese vient par ce film rendre un hommage à l’un des piliers de ce qu’est aujourd’hui le cinéma. La jeune et talentueuse Chloë Grace Moretz a rejoint cette fondation, ce pour quoi elle fut par ailleurs honorée le 22 octobre dernier lors de la Variety’s Power of Youth.
Contrairement à Feather Boy, je n'ai pu trouver une VOST3D non loin de chez moi. J'avais donc deux choix : une VF3D ou une VOST2D. Ce film étant, pour moi, le film de la dernière chance pour la 3D, c'est cette version que j'ai choisi. Et il faut bien reconnaître que Martin Scorsese, avec Hugo Cabret, nous démontre que la 3D aux mains d'un réalisateur talentueux (et motivé pour réapprendre à tourner) apporte un véritable plus à l'histoire. Il prouve qu'elle peut avoir un véritable sens artistique et ouvre ainsi un panel de possibilités incroyable. On retiendra les gros plans sur les visages (incroyablement plus réaliste et prenant qu'un gros plan 2D), les travelings immersifs et la scène du train. Cette dernière augure de très bons films d'action. Certes, la technique n'est pas parfaite et il reste des choses à améliorer. On peut noter par exemple la profondeur de champ, certainement optimum en deux dimensions, mais entraînant parfois des flous dérangeants en trois dimensions. Pour chipoter, on peut aussi noter un ou deux effets " plan superposé " pas naturels pour deux sous (un premier plan, un plan intermédiaire, un fond sans transition entre chaque plan). Fort heureusement, il n'y en a que très peu, localisés au début du film.
Ne nous y trompons pas : malgré les petites imperfections, c'est incontestablement le premier film réellement en 3D. On comprend, après avoir vu Hugo Cabret, pourquoi Martin compare le passage du 2D à 3D au passage du noir et blanc à la couleur. Tout comme la couleur par rapport au noir et blanc, la 3D n'est pas indispensable, mais elle apporte un plus indéniable au film. Il fallait Scorsese pour montrer la voie, pour démontrer que cette technologie peut être formidable, avoir un sens et apporter un véritable plus.
Je regrette cependant de n'avoir pu trouver de VOST3D car, comme le laissait présager les bandes-annonces, la VF est un ratage totale avec une mention spéciale au doubleur d'Asa Butterfield (Hugo) qui réussit à détruire le jeu incroyable du jeune acteur. Car Asa y est formidable par ses expressions. Il incarne le jeune garçon buté et ingénieux d'une manière frappante… tant qu'on ne l'entend pas parler. Car la voix du doubleur vient casser les scènes les plus poignantes et c'est impardonnable.
Le deuxième héros du film est Papa George, car oui, contrairement au discours marketing, il y a bien deux personnages principaux dans ce film. George Méliès " Papa George " est génialement interprété par Ben Kingsley. Il est parfait en vieux vendeur de jouets acariâtres à cause d'un passé qu'il veut oublier.
Chloë Moretz n'est pas aidée par un personnage (isabelle) complètement transparent, n'ayant ni passé, ni futur et n'évoluant pas d'un iota. Elle réalise cependant l'exploit de lui donner, envers et contre tout, de la vie et de l'intérêt. C'est là qu'on se rencontre que le casting est parfait avec également une galerie de personnage secondaire terrifiant ou attachant (mention à Sacha Baron Cohen et Christopher Lee). Le chef décorateur Dante Ferrari mérite également d'être cité : les décors sont magnifiques comme le montrent les plans de toute beauté.
Tous les réalisateurs de films pour enfants peuvent aller se rhabiller : on a ici du vrai cinéma travaillé à fond. L'histoire nous entraîne dans un magnifique conte au milieu d'horloges, d'automates et de cinéma. Un conte qui ravira petit et grand. Les enfants s'identifieront à Hugo marqué par la mort de ses parents. Les adultes suivront avec ravir George Méliès dont on découvre l'histoire et qui va revivre grâce à Hugo.
On regrette les quelques longueurs du film et la partie de la fin se déroulant dans la gare et qui donne l'impression d'avoir été charcuté au montage : son rythme n'a rien à voir avec le reste du film (tout va trop vite et Papa George arrive à point nommé, mais on ne sait comment et pourquoi). Il est possible aussi que ce soit une erreur d'adaptation ou de l'auteur original.
En conclusion, je recommande fortement le film, de préférence en VOST3D à cause du ratage du doublage. C'est un film tout public qui plaira à tous et une occasion unique de faire voir un vrai film, avec de vrais plans travaillés aux enfants.
Le Staff de Little-Stars : G.C. & Feather Boy